En évoquant dans le précédent article le légendaire Laird Hamilton, j'ai tenu à rédiger un article exclusif sur ce personnage énigmatique et très méconnu en Europe, excepté dans le monde des sports extrêmes et de la glisse où il apparaît au moins comme le fils de Dieu, voire le Créateur lui-même. D'ailleurs, ses parents en ont peut-être eu le pressentiment lorsqu'ils ont choisi de l'appeler Laird, c'est-à-dire la version écossaise de Lord (qui signifie "Seigneur). "Lord" Hamilton représente pour moi un véritable mythe, une légende vivante dans un monde décadent où les gens ne prennent plus le temps d'apprécier les choses simples de la vie: bien sûr, j'imagine que ce personnage singulier ne vous évoque rien ou pas grand chose. C'est pourquoi, j'ouvre cet article pour vous dresser un portrait de cet homme libre et passionné.
Laird, John, Zerfas Hamilton, né le 03 Février 1964 à San Francisco où sa mère Joanne, surfeuse à ses heures perdues, l'a mis au monde dans un "bathysphère", un caisson rempli d'eau dans lequel la pesanteur y est réduite, et le tout dans le cadre d'un programme de recherche pour le centre hospitalier universitaire de San Francisco. Côté équilibre, tout petit déjà, Laird ne manquait pas d'aplomb: en effet, après avoir émigré de la Californie vers Hawaii, et n'ayant jamais connu son géniteur, il se choisit un père en le jetant dans les bras de sa mère. Un nouveau père en la personne de Bill Hamilton, surfeur stylé et respecté. C'est un coup de foudre réciproque entre un enfant de 3 ans et un adolescent de 17 ans: d'ailleurs, Laird doit à Bill son attitude sur la planche, très classique et presque raide. Toutefois, Laird y a ajouté la puissance d'un gabarit hors norme qui lui confère l'aura d'un superhéros, tel que le surfeur d'argent issu des bandes dessinées Marvel Comics. Laird devient alors un "free-surfer" américain qui a grandi sur l'archipel d'Hawaii. Ce véritable petit coin de paradis lui offre de nombreux spots de surf où il se forgera un corps et une musculature digne d'un spartiate, du haut de ses 1.90 m pour 100 Kg. En effet, Laird est un athlète dans l'âme et demeure toujours en quête de sensations fortes en recherchant à travers le monde, des vagues toujours plus grosses. Afin d'affronter ses vagues majestueuses et avec son ami Buzzy Kerbox, il met au point en 1992 la technique du "tow-in" qui consiste à tracter le surfer à l'aide d'un jet ski ou même d'un hélicoptère, lui permettant ainsi d'avoir suffisamment de vitesse pour s'attaquer à des vagues d'une vingtaine de mètres comme celles enregistrées sur le spot de Jaws à Peahi, Maui (Hawaii).
Désormais, la plupart de ses sessions s'effectue en tow-in, comme ce fut le cas en Août 2000, sur le spot légendaire de Teahupoo, où Laird et ses coéquipiers se sont attaqués à cette droite majestueuse, générée par les houles du Pacifique et la barrière de corail acérée de la passe de Teahupoo: médiatiquement, cette session sera considérée comme étant le plus gros tube jamais surfé de tous les temps.
Sa quête permanente de sensations fortes l'amène quelques années plus tard à créer le "foilboard", une planche hybride de wakeboard munie en son centre d'une longue dérive étroite et fine appelée "foil". Et à la base de cette lame verticale est vissé à la perpendiculaire un aileron pourvu d'une forme bien particulière et ressemblant étrangement à une raie. Toutefois, une fois tracté et grâce au profil de la dérive, le surfeur décolle littéralement de l'eau, permettant de rider sans contact avec la surface de l'eau, de prendre une vitesse très importante et d'exécuter avec aisance des figures aériennes. D'ailleurs, au sujet de cette planche hybride, je tiens à vous faire partager une vidéo durant sa phase expérimentale lors de mon prochain article.
Pour en revenir au portrait de Laird Hamilton, Carine Camboulives, une freerideuse française installée à Hawaii et spécialistes du windsurf, déclare: "On le surnomme Jésus. A table, c'est toujours le chef, sur les vagues, il surfe les bras bien en croix et, depuis qu'il fait du "row-in" (c'est-à-dire surfer avec une rame), on a l'impression qu'il marche sur l'eau". En quelques mots, elle en dit plus long sur Laird Hamilton, 45 ans et toutes ses dents, que n'importe quelle somme biographique en dix volumes.
"Je suis né pour relever un défi", confie Laird. "Ce défi, pour moi, c'était de surfer des grosses vagues sur l'océan". Durant toute sa carrière dévouée aux sports de glisse, Laird n'a jamais été champion du monde, comme ses confrères Kelly Slater ou Andy Irons car il a toujours fui les compétitions. Toutefois le cap de la quarantaine n'a pas refroidi ses ardeurs et il continue à l'heure actuelle, à multiplier ses exploits. "Le surf, c'est la liberté, l'océan, c'est la vie", nous confie-t-il. "Quelle meilleure évasion?" Et à la question de savoir ce qui pourrait l'obliger à arrêter, il n' a eu qu'une réponse simple et cinglante: "La mort".
J'espère que ce portrait vous aura d'avantage éclairé sur la vie de ce véritable pionnier dans le monde des sports de glisse. C'est une personne que j'admire énormément car il dégage beaucoup de force et d'humilité. C'est un grand passionné qui s'implique à fond dans tout ce qu'il entreprend et qui demeure en quête permanente de sensations fortes, lui permettant de repousser ses propres limites. Laird incarne un grand personnage dans un monde en pleine décadence, un véritable artiste dans l'âme, lorsqu'il affronte ses vagues majestueuses au large de l'archipel d'Hawaii.